—Mme de Fondège est trop bonne, murmura-t-elle d’une voix radoucie, comment lui témoigner jamais toute ma reconnaissance?...
Mme de Fondège dut entendre cela, car elle entrait.
C’était une toute petite femme, courte, épaisse et trop dodue, d’un blond terne, toute marquée de taches de rousseur.
Elle avait de grosses mains, épaisses comme sa taille, le pied large et court, la voix aigre et dans toute sa personne quelque chose de vulgaire qu’accusait davantage sa prétention manifeste aux façons aristocratiques.
Car elle se piquait de grande noblesse, encore que son père eût été marchand de bois, de même qu’elle s’ingéniait et s’épuisait à afficher les dehors du luxe, bien que sa fortune fût problématique et son ménage des plus besogneux.
Et sa mise trahissait ses incessantes préoccupations d’élégance et d’économie, de gêne trop réelle et de feinte prodigalité.
Elle portait un costume de satin noir à trois étages, mais le haut des jupes de dessous, ce qui ne se voit pas, était de bonne et belle lustrine à treize sous le mètre, et ses dentelles n’avaient du Chantilly que l’apparence.
Cependant, sa fureur des chiffons ne l’avait jamais conduite jusqu’à voler dans les magasins de nouveautés, jusqu’à faire, épouse et mère de famille, le métier des filles de la rue, «travers» si commun aujourd’hui que nul ne s’en étonne plus.
Non... Mme de Fondège était une épouse fidèle, dans le sens strict et légal du mot... Mais comme elle s’en vengeait! Elle était «vertueuse,» mais si rageusement qu’on eût juré que c’était contre son gré et qu’elle le regrettait.
Aussi, menait-elle son mari au doigt et à l’œil, durement, brutalement, comme un nègre...