Et c’est là-dessus que se débattent les conditions; la cuisinière proclamant hautement et du plus beau sang-froid qu’elle prétend voler, les maîtres hasardant quelques timides objections.
—Je vais aux provisions moi-même, osa déclarer Mme Férailleur.
—Alors, répliqua Mme Vantrasson, ce sera trente francs.
Pascal et sa mère s’étaient consultés du regard; cette mégère leur déplaisait également, il ne s’agissait plus que de l’éconduire, ce qui était facile.
—Trop cher!... dit Mme Férailleur, je n’ai jamais donné plus de quinze francs.
Mais la Vantrasson n’était pas femme à se décourager ainsi, sachant bien que si elle laissait échapper cette place, elle n’en retrouverait pas facilement une autre.
Des gens étrangers au quartier, des nouveaux venus ignorant la réputation du «Garni-Modèle,» pouvaient seuls introduire chez eux l’hôtesse de cet honorable établissement.
Elle se mit donc à insister, et pour attendrir Pascal et sa mère, entama son histoire, c’est-à-dire une histoire de fantaisie où mêlant assez adroitement le faux au vrai, elle se donnait pour une victime de la concurrence, des démolitions, de la rareté de l’argent, et aussi de la barbarie de ses parents.
Car elle appartenait, affirmait-elle, ainsi que son mari, à une très-honorable famille... on pouvait s’en assurer. La sœur de Vantrasson était mariée à un nommé Greloux, relieur autrefois, rue Saint-Denis, qui s’était retiré des affaires après fortune faite.
Comment les Greloux ne les avaient-ils pas aidés et sauvés de la faillite?... C’est qu’il ne faut rien attendre de bon des parents, gémissait-elle; ils vous jalousent et vous caressent, si vous réussissez; mais si vous échouez, ils vous repoussent...