—Oui dà!... Eh bien! moi, je ne les paye pas... voilà la différence... Vous imagineriez-vous, par hasard, que moi, baron Trigault, j’ai travaillé comme un nègre vingt années durant, à la seule fin de subventionner votre aimable et utile industrie?... Rayez cela de vos papiers, m’sieu le tailleur pour dames et demoiselles!... Qu’il y ait des maris assez bêtes pour se croire engagés vis-à-vis de vous par les folies de leurs femmes... c’est possible... moi je ne suis pas de cette trempe. Je donne à Mme Trigault huit mille francs par mois pour sa toilette... c’est raisonnable... qu’elle s’arrange avec et vous aussi. Que vous ai-je dit, l’an passé, en vous soldant une facture de quarante mille francs? Que je ne reconnaîtrais aucune des dettes de ma femme... Et j’ai fait plus que vous le dire, je vous l’ai fait signifier par mon huissier.

—Je me rappelle, en effet...

—Alors, que me chantez-vous, avec votre facture!... C’est à ma femme que vous avez ouvert un compte, adressez-vous à elle... et flanquez-moi la paix!...

—Madame la baronne m’avait promis...

—Tâchez qu’elle tienne ses promesses.

—Il en coûte cher, pour tenir son rang, et les plus grandes dames, c’est connu, sont forcées de s’endetter...

—C’est leur droit... Mais ma femme n’est pas une grande dame... Elle est tout bonnement Mme Trigault, baronne par la grâce des écus de son mari et d’un digne prince allemand qui avait besoin d’argent... elle n’a en conséquence, aucune espèce de rang à soutenir...

Il fallait que la baronne attachât à ce que Van Klopen fût payé une importance énorme, car, dissimulant le dépit que lui devait causer cette scène humiliante, elle descendit jusqu’à l’excuse, jusqu’à la prière.

—J’ai été un peu vite, peut-être, prononça-t-elle, mais du moment où je le reconnais, payez, monsieur, cette fois encore...

—Non!