—Comment, on s’ennuie!...
—A la mort, monsieur. C’est pis qu’une tombe au cimetière, ce grand hôtel. Jamais une soirée, jamais un dîner, rien. Croiriez-vous que je n’ai jamais vu, moi qui vous parle, les appartements de réception. Tout est fermé, et les meubles pourrissent sous des housses. Il ne vient pas trois visites par mois...
Elle était indignée, et l’autre semblait partager son indignation.
—Ah ça! fit-il, c’est donc un ours que ce comte de Chalusse!... Un homme qui n’a pas cinquante ans et qui possède des millions, à ce qu’on prétend...
—Oui, des millions, vous pouvez le dire, peut-être dix, peut-être vingt...
—Raison de plus... Il faut qu’il ait quelque chose, un coup de marteau, comme on dit chez nous. Que fait-il donc, seul, toute la sainte journée?
—Rien. Il lit dans son cabinet ou il se promène de long en large au fond du jardin. Quelquefois, le soir, il fait atteler et conduit Mademoiselle au bois de Boulogne en voiture fermée, mais c’est rare. Du reste, il n’est pas gênant le pauvre homme. Voilà six mois que je suis chez lui, et c’est tout juste si je connais la couleur de ses paroles. «Oui, non, faites ceci, c’est bien, sortez,» voilà tout ce qu’il sait dire. Demandez plutôt à M. Casimir...
—Le fait est qu’il n’est pas gai, le patron, répondit le valet de chambre. Une vraie porte de prison...
Le valet de pied écoutait d’un air grave, en homme qui a besoin de connaître, pour l’exploiter, le caractère des gens qu’il va servir.
—Et Mademoiselle, interrogea-t-il, que dit-elle de cette existence? est-ce qu’elle lui va?