—Encore un mot! avez-vous bien réfléchi?

—Oh! parfaitement.

—Vous êtes résolu à me laisser exposée aux avanies de mon tailleur.

—Van Klopen est un homme trop charmant pour vous causer le moindre chagrin.

—Vous braverez l’humiliation d’un procès?...

—Allons donc!... Vous savez bien que votre couturier ne plaidera pas... malheureusement. Et d’ailleurs, où serait l’humiliation, je vous prie?... J’ai une femme qui a perdu la tête... est-ce ma faute?... Je m’oppose à d’absurdes prodigalités... n’ai-je pas raison?... Si tous les maris avaient le courage que je me sens, nous aurions vite fait fermer boutique à tous ces marchands finauds qui exploitent votre vanité, Mesdames, et qui se servent de vous comme de poupées, comme de réclames vivantes, pour propager des modes absurdes qui les enrichissent...

Le baron fit deux ou trois pas pour sortir, Pascal l’entendit fort bien, mais la femme aussitôt reprit avec une extrême vivacité:

—La baronne Trigault, dont le mari a sept ou huit cent mille livres de rentes, ne peut cependant pas aller vêtue comme une simple bourgeoise.

—Je n’y verrais nul inconvénient.

—Oh! je sais... Seulement vos idées ne sont pas les miennes... Je ne me donnerai jamais ce ridicule de me singulariser parmi les femmes de mon monde, parmi mes amies!...