L’accusé qui attend le verdict du jury n’a pas de pires angoisses.
Enfin, au bout d’une minute, un siècle, le baron s’arrêta.
—Après comme avant, M. Férailleur, prononça-t-il d’un ton brusque, je suis pour vous et avec vous... Donnez-moi la main... bien!... Les honnêtes gens se doivent aide et assistance, quand les coquins triomphent. Nous vous réhabiliterons, monsieur!... Nous démasquerons Coralth, le misérable, nous écraserons Valorsay, s’il a été vraiment l’instigateur de l’infamie qui vous a perdu.
—Quoi! monsieur, après votre conversation avec lui, vous doutez encore!
Le baron hocha la tête.
—Que Valorsay soit ruiné, répondit-il, je n’en doute aucunement... Je gagerais que mes cent mille francs sont perdus si je les lui prête... Je jurerais volontiers qu’ainsi qu’on l’en accuse, il pariait contre son cheval et l’a empêché de gagner.
—Vous voyez donc bien...
—Pardon... tout cela ne m’explique pas la prodigieuse différence de vos allégations et de ses dires... Vous assurez qu’il se soucie fort peu de Mlle Marguerite, lui prétend qu’il l’adore...
—Oui, monsieur, oui, le misérable a osé! Ah!... si je n’avais pas été retenu par la crainte de compromettre ma vengeance!...
—Je comprends, mais laissez-moi finir... Selon vous, Mlle Marguerite a des millions... D’après lui, elle n’a pas cent louis de dot... Qui a raison?.... Je crois que c’est lui, son emprunt de cent mille francs le prouve, et d’ailleurs il n’avancerait pas aujourd’hui un mensonge qui se découvrirait demain... Or, s’il dit vrai, il est impossible d’expliquer par la cupidité et son mariage et le guet-apens dont vous êtes victime...