Deux questions encore lui paraissaient indispensables, de l’une d’elles la lumière pouvait jaillir, et il venait de prendre le parti de les adresser au risque de se trahir.
Que lui importait son rôle, maintenant... Ne possédait-il pas des renseignements qu’il avait tout lieu de croire sincères!
—Je ne saurais vous dire, chère madame, commença-t-il, d’un ton bref, combien votre récit m’a intéressé... Maintenant, je puis vous l’avouer: je connais un peu le comte de Chalusse et je suis allé assez souvent chez lui, rue de Courcelles, où il demeure actuellement...
—Vous!... fit la femme, en inventoriant d’un coup, d’œil la toilette de M. Fortunat.
—Mon Dieu! oui, moi!... De la part de mon patron, bien entendu... Donc, toutes les fois que j’ai visité M. de Chalusse, j’ai vu chez lui une jeune demoiselle que je prenais pour sa fille... Je me trompais, probablement, puisqu’il n’est pas marié...
Il s’arrêta. La stupeur et la colère semblaient près de suffoquer l’hôtesse du «garni modèle.»
Sans deviner le comment ni le pourquoi, elle comprenait, à n’en point douter, qu’elle venait d’être jouée, et si elle eût suivi son premier mouvement elle eût sauté sur M. Isidore Fortunat.
Si elle se contint, si elle fit effort sur elle-même, c’est qu’elle lui réservait mieux.
—Une jeune demoiselle chez M. le comte, grommela-t-elle, ce n’est pas croyable, je ne l’ai jamais aperçue, je n’en ai jamais entendu parler... Depuis quand y est-elle?
—Depuis six ou sept mois.