—Allons, à bientôt, chère dame, dit-il, et surtout n’interrompez en rien vos habitudes... notre succès dépend surtout de la sécurité des autres!...
Ce conseil, Mme d’Argelès le trouvait si juste, qu’une demi-heure plus tard elle sortait en voiture et se faisait conduire au bois, bien éloignée de se douter qu’elle traînait après sa victoria l’espion de M. Fortunat, Victor Chupin.
Pousser jusque chez Wilkie au retour était une imprudence... A rôder, telle qu’une ombre honteuse, autour de la maison de son fils, elle risquait d’éveiller des soupçons, la pauvre femme ne s’abusait pas... Mais ses anxiétés furent plus fortes que sa raison...
Elle donna l’ordre à son cocher de toucher rue du Helder, et elle y arriva juste à point pour livrer son secret à Victor Chupin, assez à temps pour recevoir de M. Wilkie la plus grossière insulte.
L’ouragan l’écrasa, et cependant elle essaya d’y voir une preuve des sentiments honnêtes de son fils, une preuve de son mépris pour ces malheureuses dont le flot, chaque soir, grossit sur l’asphalte des boulevards...
Mais si son énergie restait indomptable, ses forces, après tant de secousses, trahissaient sa volonté.
En rentrant à son hôtel, se sentant défaillir, elle fut obligée de se coucher... Elle grelottait de froid, et cependant il circulait dans ses veines comme des bouffées de flammes.
Le médecin, qu’elle fit appeler, lui déclara que cela ne serait rien, mais qu’il importait qu’elle gardât le lit et qu’elle se tînt bien chaudement... Et comme c’était un homme perspicace, il ajouta, non sans un sourire malicieux, que tout excès est nuisible, celui du plaisir comme les autres...
C’était un dimanche, Mme d’Argelès put obéir au médecin et défendre sa porte pour tout le monde, le baron excepté.
Et encore, redoutant que cette défense ne parût extraordinaire, elle commanda à son concierge de répondre à quiconque se présenterait qu’elle était à la campagne et ne serait de retour que le lendemain, pour sa réception accoutumée...