—Quoi!... Consentiriez-vous donc à recevoir encore la pension que je vous servais, s’il pouvait me venir à la pensée de vous la continuer!...
Une vipère se dressant devant M. Wilkie ne l’eût pas fait reculer plus vivement.
—Jamais de la vie! s’écria-t-il. Ah! mais non!... Pour qui me prenez-vous?...
C’était bien du fond du cœur que montait cette répugnance qu’il exprimait si singulièrement, cela était visible, manifeste.
Mme d’Argelès en tressaillit d’espoir.
—Mes craintes le calomniaient... pensa-t-elle. Pauvre Wilkie!... les mauvais conseils l’ont égaré: il n’est pas mauvais au fond...
Puis tout haut:
—Mais alors, malheureux enfant, reprit-elle, tu vois bien qu’une vie nouvelle va commencer pour toi... Que comptes-tu faire?... Comment et de quoi vivras-tu?... Il faut se loger, se vêtir, manger... Cela coûte... Où prendras-tu de l’argent, toi que le seul mot de travail révolte!... Ah!... M. Patterson, que ne vous ai-je écouté!... Il n’était pas aveugle comme moi, lui!... Sans cesse il me répétait que te prodiguer l’argent, c’était gâcher ta vie et perdre ton avenir... Sais-tu que depuis deux ans tu as dépensé plus de 50,000 francs!... A quoi les as-tu employés?... A jouer au fils de famille, toi qui n’avais pas de famille et que ta situation précaire eût dû faire trembler... Es-tu allé dix fois seulement à l’École de droit?... Non. Mais on te voyait aux courses, aux premières représentations, dans les restaurants à la mode, partout où on dépense et où on s’amuse... Et quel monde vois-tu?... Des désœuvrés sans intelligence et sans cœur, des dupes et des fripons, des maquignons, des croupiers et des filles perdues...
Un ricanement sec de M. Wilkie lui coupa la parole...
Qu’on osât attaquer ses amis, ses plaisirs, ses goûts... ah! mais non... il ne le tolérait pas...