Il fallut que Chupin l’arrêtât à la barrière, et lui rappelât qu’une voiture les attendait...
—C’est juste... fit-il.
Il monta, mais sans s’en apercevoir, assurément. Et tout le long du chemin, sa pensée débordant de son cerveau, comme le liquide d’un vase trop étroit, se répandit en un monologue dont Chupin, par instants, attrapait quelques bribes.
—Quelle affaire!... murmurait-il, quelle affaire!... J’en ai bien débrouillé depuis sept ans, mais jamais de si obscure... Ah! mes quarante mille francs sont bien aventurés. Certes! j’en ai bien déniché, de ces héritiers, dont on ne soupçonnait même pas l’existence, mais du moins j’avais quelque indice pour me guider... Ici, rien, pas une lueur... les ténèbres partout. Si je trouvais, cependant!... Mais comment chercher des gens dont j’ignore même le nom, des gens qui ont su échapper à toutes les investigations de la police!... Et où les chercher?... En Europe, en Amérique?... C’est à devenir fou!... A qui donc iront tous les millions du comte de Chalusse!...
L’arrêt brusque de la voiture sur la place de la Bourse appela cependant M. Fortunat au sentiment de la réalité.
—Voici vingt francs, Victor, dit-il à Chupin, payez le cocher, vous garderez le reste.
Ayant dit, il sauta lestement à terre.
Devant sa maison, un coupé de maître, attelé de deux chevaux de prix stationnait.
—L’équipage du marquis de Valorsay!... grommela M. Fortunat. Il a été patient; il m’a attendu, ou plutôt il a attendu mes dix mille francs... Nous allons bien voir!...