M. de Fondège se dressa tout pâle... Mais avant qu’il eût le temps de prononcer une parole, sa femme vint à son secours...

—Vous savez bien, mon ami, lui dit-elle, que je ne confie pas les clefs de ma cave à ce garçon. Évariste, appelez Justine.

La camériste à l’air effronté parut et sa maîtresse lui expliqua où elle trouverait la clef de la fameuse cave.

Et un petit quart d’heure après, apparut une de ces bouteilles comme les épiciers et les marchands de vin en préparent, pour le plus grand ébahissement des simples, bouteilles d’apparences trop vénérables, toutes chargées de mousses et de boues, et couvertes de ces toiles d’araignées que les gamins de Paris vont récolter dans les carrières abandonnées, et qu’ils vendent de 75 centimes à 2 francs la livre, selon «la qualité...»

Mais ce bordeaux ne ramena pas la gaieté. «Le général» ne soufflait plus mot, et son plaisir fut manifeste, quand le café pris, sa femme lui dit:

—Ne vous privez pas de votre cercle, mon ami, j’ai à causer avec notre chère enfant!...

Pour congédier ainsi brusquement «le général,» Mme de Fondège souhaitait donc rester seule avec Mlle Marguerite?

Mme Léon le crut ou feignit de le croire, et s’adressant à la jeune fille:

—Je vais être obligée de vous quitter une couple d’heures, chère demoiselle, dit-elle... J’ai une course indispensable à faire... Ma famille m’en voudrait peut-être si je ne la prévenais pas de notre changement de domicile...

C’était la première fois depuis son entrée à l’hôtel de Chalusse, c’est-à-dire depuis des années, que l’estimable femme de charge parlait en termes si positifs de sa famille—et d’une famille habitant Paris, qui plus est.