Mlle Marguerite s’attendait à quelque communication importante, aussi ne fut-elle pas médiocrement surprise, quand après une minute employée à recueillir ses idées, «la générale» poursuivit:
—Vous êtes-vous préoccupée de votre deuil?
—De mon deuil, madame?...
—Oui. Je veux dire, avez-vous pensé aux toilettes que vous allez porter?... C’est important, ma chère fille, plus que vous ne pensez... On fait en ce moment des costumes de crêpe, ruchés et bouillonnés, qui sont d’une extrême distinction... J’en ai vu, surtout à la Scabieuse, qui vous iraient à ravir... Après cela, vous me direz peut-être qu’un costume, pour un deuil récent, surtout avec des bouillonnés, est un peu risqué... cela dépend des goûts... La duchesse de Veljo en avait un onze jours après la mort de son mari; elle laissait, avec cela, une partie de ses cheveux, qui sont superbes, tomber sur ses épaules, à la pleureuse, c’était tout à fait touchant... Elle était à croquer!...
Parlait-elle sincèrement?... Il n’y avait pas à en douter. Sa figure, toute bouffie de colère, quand «le général» s’était avisé de demander du vin de bordeaux, avait repris son expression habituelle, et même s’éclairait peu à peu.
—Du reste, chère enfant, poursuivit-elle, je me mets à votre disposition pour courir les magasins... Et si vous ne tenez pas à votre couturière, je vous conduirai chez la mienne, qui travaille comme un ange... Mais que je suis folle! vous vous habillez certainement chez Van Klopen... Moi, je prends peu chez lui, et seulement dans les grandes occasions. Entre nous, je le trouve un peu cher...
Ce n’est pas sans quelque peine que Mlle Marguerite dissimulait un sourire.
—Je dois vous avouer, madame, répondit-elle, que j’ai gardé de mon enfance l’habitude de faire presque toutes mes robes moi-même.
«La générale» leva les bras au ciel.
—Vous-même!... répéta-t-elle plusieurs fois, comme pour se bien convaincre qu’elle n’avait pas mal entendu, vous-même!... C’est incompréhensible... Comment, vous, la fille d’un homme qui possédait cinq ou six cent mille livres de rentes!... Après cela, je sais bien, ce pauvre M. de Chalusse était certes un digne et excellent homme, mais il avait des idées étranges, bizarres...