Mais, résolue à paraître dupe, elle dissimulait ses impressions sous une sorte d’attention ébahie, surprise et presque honteuse de trouver tout à coup à son service tant de duplicité.

—D’ailleurs, poursuivait Mme de Fondège, une jeune fille à marier ne doit pas s’enfermer chez elle... Ce n’est pas chez soi qu’on trouve un parti... Et il faut se marier... Le mariage est la seule fin raisonnable de la femme, puisque c’est son émancipation...

«La générale» allait-elle donc remettre en avant son fils?... Mlle Marguerite le crut presque... Mais elle était trop fine pour cela. Elle se garda bien de prononcer le nom du lieutenant Gustave...

—Sans compter, reprit-elle, que l’hiver sera des plus brillants et commencera de bonne heure. Dès le 5 novembre, la comtesse de Commarin donne une fête qui fera courir tout Paris... Le 7, on dansera chez la vicomtesse de Bois-d’Ardon... Le 11, nous aurons concert et ensuite bal, chez la baronne Trigault, vous savez, la femme de cet original si riche qui passe sa vie au jeu...

—C’est la première fois que j’entends prononcer ce nom...

—Vraiment!... et vous habitiez Paris... C’est à n’y pas croire... Sachez donc, chère ignorante, que la baronne Trigault est une des femmes les plus distinguées et les plus spirituelles de Paris, et celle, à coup sûr, qui se met le mieux... Je suis sûre que son compte annuel chez Van Klopen ne se solde pas avec cent mille francs... c’est tout dire, n’est-ce pas?...

Et avec un sentiment d’orgueil très-réel et bien légitime, elle ajoute:

—La baronne est mon amie, je vous présenterai.

Engagée sur ce terrain, Mme de Fondège ne devait pas tarir de sitôt...

Visiblement, c’était une de ses prétentions d’être excessivement lancée, de connaître tout Paris et d’être l’intime de toutes les femmes de la société qui doivent à leur luxe, à leurs extravagances ou à pis encore cette «famosité» qui impose aux imbéciles...