Elle-même eût eu à résumer ses impressions de la soirée, et à se tracer une ligne de conduite, mais véritablement, ainsi qu’elle l’avait assuré, ses forces, après deux nuits passées sur un fauteuil, étaient à bout.
Elle se dit donc que mieux valait prendre du repos, que son esprit le lendemain en serait plus lucide, et après une fervente prière où revint plusieurs fois le nom de Pascal Férailleur, elle se coucha...
Et cependant, avant de s’endormir, elle put recueillir une dernière observation:
Les draps de son lit étaient neufs!...
Si Mlle Marguerite fût née à l’hôtel de Chalusse, si elle eût grandi insouciante et heureuse à l’ombre de la tendresse d’un père et d’une mère, si elle eût toujours été défendue des réalités tristes de la vie par une immense fortune, elle eût été perdue sans ressources... Comment éviter des dangers qu’on ignore!...
Mais elle devait aux hasards de son enfance la science amère de la vie réelle, et son maître avait été le maître cruel des robustes et des forts: le malheur...
Livrée à elle-même, dès l’âge de treize ans, et dans le milieu le plus dissolu, habituée à tout craindre, à tout soupçonner, et à ne compter que sur elle seule, elle était devenue étrangement défiante et perspicace.
Elle savait voir et entendre, délibérer et agir...
Véritablement naïve, elle était cependant capable de ruse, comme tous ceux qui ont eu à se débattre dans des situations infimes.
De craintes, elle n’en avait aucunes, de celles du moins qu’eût eues l’héritière légitime d’une grande maison. Deux hommes, le marquis de Valorsay et le fils de M. de Fondège, le lieutenant Gustave, convoitaient sa main, et l’un d’eux, le marquis, était, croyait-elle, capable de tout... elle ne s’en inquiétait seulement pas...