Sur la fin, il ne comptait même plus. Il ignorait absolument où en étaient ses affaires. Il en était arrivé à se croire des ressources inépuisables.

Il le crut jusqu’au jour où étant allé chez son notaire chercher des fonds, ce notaire lui répondit froidement:

—Vous me demandiez cent mille francs, monsieur le marquis, je n’ai pu vous en procurer que cinquante mille... les voici. Et n’espérez plus rien. Tous vos immeubles sont grevés au-delà de leur valeur... ainsi c’est fini. Vos créanciers vous laisseront sans doute tranquille un an encore, c’est leur intérêt; mais ce délai écoulé, ils vous exproprieront, c’est leur droit.

Il eut un sourire discret, un sourire d’officier ministériel, et ajouta:

—Moi, à votre place, monsieur le marquis, je mettrais à profit cette année de répit. Vous comprenez sans doute ce que je veux dire?... J’ai bien l’honneur de vous saluer.

Quel réveil!... après un rêve splendide de plus de dix années!...

M. de Valorsay en demeura comme écrasé, et pendant deux jours il resta enfermé chez lui, refusant obstinément de recevoir personne.

—M. le marquis est malade!... répondait son valet de chambre aux visiteurs.

Il lui avait fallu ce temps pour se remettre, pour en venir surtout à oser envisager bien en face et froidement sa situation.

Elle était épouvantable, car sa ruine était complète, absolue. Pas une épave ne devait échappée au désastre. Que devenir? Que faire?