—C’est différent, prononça l’un d’eux, du moment qu’il y a de l’argent, vous devez rendre... Mais vous seriez bien bon de courir... Remettez cela ici, au comptoir, et la première fois que le vicomte viendra, on le lui rendra...
Un frisson courut le long de l’échine de Chupin, il vit son billet perdu.
—Ah! je la trouve mauvaise, s’écria-t-il. Laisser ma trouvaille ici?... Jamais de la vie!... Et cette petite récompense honnête, qui donc l’aurait?... Un vicomte, c’est toujours généreux, celui-là est capable de me mettre vingt francs dans la main... C’est pourquoi je veux son adresse.
L’objection était de nature à toucher les garçons, ils trouvèrent que le «jeune homme» avait raison, mais ils ignoraient l’adresse de M. de Coralth et ne voyaient nul moyen de se la procurer.
—A moins cependant, observa l’un d’eux, que le chasseur ne la sache...
Le chasseur, appelé, se souvint qu’une fois il était allé chercher un pardessus chez M. de Coralth.
—J’ai oublié son numéro, déclara-t-il, mais je suis sûr qu’il demeure rue d’Anjou, presque au coin de la rue de la Ville-l’Évêque...
Le renseignement ne brillait pas par sa précision, mais il devait suffire à un Parisien pur sang tel que Victor Chupin.
—Bien des merci de l’obligeance, m’sieu, dit-il au chasseur... Avec vos indications, un aveugle de naissance n’irait peut-être pas tout droit chez M. de Coralth, mais, moi, j’y vois clair, et j’ai une langue... Et vous savez, s’il y a une récompense, comptez sur moi, je repasserai payer une tournée...
—Et si vous ne dénichez pas votre individu, ajoutèrent les garçons, rapportez le billet de banque ici, on le lui rendra.