Mais son esprit prompt et hardi aux soupçons s’égarait en conjectures inouïes...
Entre cette lettre destinée à la femme de M. de Coralth et la lettre portée à la baronne, Chupin croyait entrevoir une relation... Et pourquoi non?... N’avaient-elles pas été écrites ensemble et sous l’empire d’un même sentiment: une contrariété?
Il est vrai qu’il s’épuisait à chercher un rapport vraisemblable entre la débitante de tabac de la Villette et la baronne millionnaire de la rue de la Ville-l’Evêque...
Cependant, si l’imagination de Chupin trottait, ses jambes ne restaient pas inactives... Il remonta l’interminable rue Lafayette, déboucha au haut du faubourg Saint-Martin, traversa le boulevard extérieur et enfin reprit haleine à la rue de Flandre.
—M’y voici!... murmura-t-il, et un peu plus vite qu’un omnibus...
Le quai de la Seine, où il se rendait, est une large voie qui se prolonge entre la rue de Flandre et le canal de l’Ourcq.
A gauche, elle est bordée de bicoques, d’affreuses petites masures, de chantiers et d’immenses dépôts de charbon.
A droite, du côté du canal, ce ne sont que pauvres échoppes et magasins provisoires, bâtis de boue et de plâtras, laids, sales, enfumés...
Dans le jour, pas de quartier plus vivant et plus bruyant que ce quai, où se concentre l’immense mouvement du port de la Villette...
Rien de plus lugubre le soir, quand les chantiers sont fermés, quand les rares becs de gaz ajoutent à l’horreur des ténèbres, lorsqu’il n’y a, pour rompre le silence, que le clapotement de l’eau troublée par quelque marinier écopant son bateau...