Lui était-il indispensable de violer le sceau de cette lettre pour en connaître le contenu?
Les quelques mots échangés entre Mme Paul et le sieur Mouchon, le conseiller aux proverbes, ne lui avaient-ils pas appris, à n’en pouvoir douter, qu’il portait un ultimatum et qu’il y était signifié au vicomte de Coralth d’avoir à l’exécuter dans les délais indiqués, sous peine d’un scandale mortel pour lui?
Les certitudes de Chupin à cet égard étaient si positives, que déjà il se creusait la cervelle à imaginer comment tirer parti de ces découvertes pour le plus grand profit de Pascal et de Mlle Marguerite...
Mettre aux prises la jalousie de Flavie, la femme abandonnée, et l’orgueil offensé de la baronne Trigault, évoquer l’infamant passé de Coralth et l’en écraser, cela semblait à Chupin indiqué par les événements mêmes.
Mais par quelles combinaisons amener un dénoûment bruyant, terrible, affreusement scandaleux, qui fût l’éclatante réhabilitation de Pascal, voilà ce qu’il cherchait avec l’ardeur d’un dramaturge qui, ayant trouvé le sujet d’une pièce, le tourne et le retourne dans son esprit, pour en tirer tout ce qu’il peut donner.
Avec de telles pensées, la route, au retour, devait lui paraître plus courte qu’à l’aller, et c’est presque sans s’en apercevoir qu’il arriva rue d’Anjou-Saint-Honoré, devant la maison de M. de Coralth.
Ayant à comparaître devant M. Moulinet, le concierge, il éteignit tant qu’il put la flamme de son regard, et c’est grimé de son air le plus candide qu’il entra.
O surprise! M. Moulinet et son épouse n’étaient pas seuls dans leur loge.
Florent était là, en train de prendre le café avec eux.
Et même, le digne valet s’était dépouillé des élégances empruntées à son maître, et avait revêtu son gilet rouge.