—Alors, l’affaire est dans le sac!... s’écria-t-il. Avant un mois Mlle Marguerite sera marquise de Valorsay et j’aurai de nouveau cent mille livres de rentes...

Puis, ayant surpris le geste de M. Fortunat qui n’avait pu se retenir de hocher gravement la tête:

—Ah! vous doutez!... reprit-il. Eh bien! à votre tour écoutez-moi. Hier, j’ai eu une conférence de deux heures avec le comte de Chalusse, et tout a été convenu et arrêté...

Nous avons échangé notre parole, maître Vingt-pour-cent. Le comte fait royalement les choses, il donne à Mlle Marguerite deux millions.

—Deux millions! fit l’autre comme un écho.

—Oui, cher Arabe, ni plus ni moins... Seulement, pour des raisons particulières et qu’il ne m’a pas dites, le comte tient à ce qu’il ne soit porté que deux cent mille francs au contrat. Le reste—dix-huit cent mille livres, s’il vous plaît—me sera remis de la main à la main, sans reçu, avant la mairie. Ma parole d’honneur, je trouve cela charmant... et vous?

M. Fortunat ne répondit pas. La gaieté expansive de M. de Valorsay, loin de le dérider, l’attristait.

—Toi, pensait-il, tu chanterais moins haut, si tu savais qu’à l’heure qu’il est le comte a peut-être rendu l’âme et que très-probablement Mlle Marguerite n’a plus que ses beaux yeux pour pleurer ses millions...

Mais le brillant gentilhomme ne soupçonnait pas cela, car il continuait, répondant plutôt aux objections de son esprit qu’à M. Fortunat:

—Vous me direz peut-être qu’il est singulier que moi, Ange-Marie-Robert Dalbon, marquis de Valorsay, j’épouse une fille qui ne connaît ni père ni mère et qui s’appelle Marguerite tout court... De ce coté-là, c’est vrai, l’union n’est pas positivement brillante. Enfin, comme il sera notoire qu’elle n’a eu en dot que 200,000 francs, on ne m’accusera pas d’avoir battu monnaie avec mon nom... J’aurai l’air, tout au contraire, d’avoir fait un mariage d’amour... cela me rajeunira.