Mlle Marguerite allait-elle accepter cette explication? Chupin en eut peur. C’est pourquoi, s’avançant vivement vers son patron:

—Sans compter, m’sieu, interrompit-il, que ce beau marquis vous a joliment refait, vous un homme si fort... Hein!... ces quarante mille francs que vous lui avez prêtés, et qui devaient vous en rapporter quatre-vingt mille, comme il vous les a «ratissés!»

M. Fortunat foudroya son employé du regard... Mais quoi! il était trahi, et il n’y avait plus à y revenir... Il était dit que, dans toute cette affaire, il entasserait sottises sur sottises... Mal emmanchée, elle devait mal finir.

—Eh bien!... Oui, déclara-t-il, c’est vrai, Valorsay m’a indignement volé, j’ai juré que je me vengerais et je me venge... Je n’aurai de repos que le jour où je verrai ce misérable plus bas que la boue...

En vérité, il ne se doutait pas du bien que lui faisait dans l’esprit de Mlle Marguerite, la dénonciation de son employé... Elle fut en partie rassurée, s’expliquant son concours... Elle ne méprisa pas beaucoup plus l’homme, mais elle fut persuadée qu’il la servirait presque loyalement.

—J’aime mieux cela, dit-elle... Au moins nous jouerons cartes sur table, monsieur... Que souhaitez-vous? la perte de M. de Valorsay. Je veux, moi, la réhabilitation de M. Férailleur... Nos intérêts sont donc communs... Seulement, avant de rien entreprendre, l’avis de M. Férailleur est indispensable...

—Il nous faudra pourtant nous en passer.

—Et pourquoi?...

—Parce qu’on ne sait ce qu’il est devenu. Parbleu! c’est à lui que j’ai songé tout d’abord, quand j’ai voulu me venger... Je me suis procuré son adresse et j’ai couru rue d’Ulm... Personne!... Le lendemain même de son malheur, M. Férailleur a vendu ses meubles et est parti avec sa mère.

—Je le sais... et je venais, monsieur, vous demander de vous mettre à sa recherche... Découvrir sa retraite doit être un jeu pour vous...