—Est-il convenable, quand le baron me joue un tour pendable, que je me rabatte sur son homme de confiance, sur un de ses employés?...

Mais Pascal vigoureusement regimba...

—Permettez, interrompit-il vivement, je ne suis l’employé de personne. M. Trigault est mon client comme trente ou quarante autres, rien de plus... Il me charge de certaines négociations délicates et épineuses, je les conduis de mon mieux, il me paye, et nous sommes quittes et libres chacun de notre côté...

—Ah! comme cela, vous m’en direz tant!...

Au regard dont il enveloppait Pascal, on eût juré qu’un soupçon lui venait... Point.

C’était simplement une idée bizarre, biscornue, et cependant non absolument invraisemblable en soi, qui traversait son esprit.

—Oh!... pensait-il, le prêteur inconnu dont ce Mauméjan s’offre d’être l’intermédiaire, ne serait-il pas, par hasard, le baron en personne?... Le digne homme aurait-il imaginé cet ingénieux moyen de m’obliger et de m’extirper en même temps un intérêt plus qu’honnête, qu’il n’eût jamais osé me réclamer en face?

Et pourquoi non! Ne sait-on pas des exemples!

N’est-il pas connu que jamais, au grand jamais, les frères N..., les plus austères des financiers, n’ont obligé directement un de leurs amis... Leur père, dont ils ne parlent qu’avec vénération, leur demanderait cent écus pour un mois, qu’ils lui répondraient comme aux autres: «Nous sommes gênés, mais voyez de notre part ce coquin de B...» Et ce coquin de B..., qui est le plus charmant des hommes de paille, si le père N... lui présentait de sérieuses garanties, lui prêterait, comme aux autres, de l’argent de ses fils moyennant douze ou quinze pour cent et «oune minouscoule commissioun

Ces idées et ces souvenirs ne contribuèrent pas peu à rendre à M. le marquis de Valorsay son aisance accoutumée...