Le marquis haussa les épaules, et d’un ton d’amère gouaillerie:

—Voyons, mons Fortunat, dit-il, tenez-vous énormément à perdre les 40,000 francs que vous m’avez avancés?... C’est facile. Courez chez la d’Argelès, demandez M. de Coralth, donnez-lui contre-ordre de ma part, et l’autre sera sauvé, et il épousera les millions de Mlle Marguerite.

M. Fortunat se tut.

Il ne pouvait pas dire au marquis: «Eh! ils sont perdus, mes 40,000 francs, je ne le sais que trop... Mlle Marguerite n’a plus de millions et vous avez commis un crime inutile...»

C’était cependant cette conviction qui lui donnait son bel accent d’honnêteté effarouchée. Il se passait le luxe d’un peu de vertu pour l’argent qu’il perdait.

Eût-il parlé comme il venait de le faire, s’il eût conservé beaucoup d’espoir? C’est au moins douteux.

Quoi qu’il en soit, il faut rendre à M. Fortunat cette justice que très-réellement et très-sincèrement il était révolté de ce qu’il avait appelé une abominable action. D’abord, c’était un acte brutal et violent, et il tenait, lui, pour les moyens doux. En second lieu, cela sortait absolument du cercle de ses opérations. Autant de raisons pour mépriser le marquis et s’estimer meilleur en se comparant à lui. Cela arrive journellement et c’est même une joie de ce monde d’entendre les coquins se juger entre eux. Il faut voir comme celui qui dépouille les gens à la Bourse traite celui qui détrousse sur les grands chemins... et réciproquement.

Cependant, grâce à un énergique effort de volonté, le marquis de Valorsay avait repris son attitude hautaine, et d’un geste familier il ramenait aux places vides ce qui lui restait de cheveux.

Bientôt il se leva.

—Tout cela, dit-il, est bel et bien; je n’en suis pas moins pressé de connaître le résultat de ma petite combinaison... C’est pourquoi, mons Fortunat, vous allez me compter les cinq cents louis que vous avez à me remettre... et après, bonne nuit!