L’occasion qu’attendait Pascal d’exposer son programme se présentait enfin, il la saisit...
—D’aucuns prétendent obliger les gens pour leurs beaux yeux seuls, poursuivit-il... Moi, je suis plus franc... Pour que je m’occupe d’une affaire, il faut que j’y trouve mon bénéfice, et selon que je suis plus ou moins indispensable, j’exige des honoraires... Il ne saurait y avoir de tarif fixe pour des services comme les miens... Quand, à deux reprises, j’ai sauvé du plongeon final un gentilhomme que vous devez connaître, je lui ai demandé dix mille francs la première fois, et quinze mille la seconde... Était-ce exagéré?... J’ai assuré, je puis le dire, le mariage d’un brillant vicomte, en maintenant ses créanciers pendant les trois mois qu’il a fait sa cour... Le lendemain de la noce, il ma remis vingt mille francs... Ne me les devait-il pas?... Si au lieu d’être simplement un peu à court, vous étiez ruiné, ce n’est pas mille francs que je vous réclamerais... J’étudierais votre situation, et quand j’en aurais reconnu le fort et le faible, selon le parti que je verrais à en tirer, je traiterais avec vous à forfait...
De cette déclaration cynique, il n’était pas une phrase qui ne fût calculée, pas un mot qui ne fût comme un appât tendu aux instincts mauvais du marquis de Valorsay... Et même, Pascal pressé d’arriver vite, s’était peut-être avancé plus que ne l’eût voulu la prudence...
Cependant le marquis ne sourcilla pas.
—Je vois que vous êtes un homme précieux, monsieur Mauméjan, dit-il, et si jamais j’étais ruiné, c’est à vous que je m’adresserais...
Pascal s’inclina d’un air de fausse modestie, radieux au dedans de lui, car il se disait que fatalement à cette heure son ennemi viendrait se prendre au piége...
—Et pour en finir, reprit le marquis, quand aurai-je les fonds?...
—Avant quatre heures.
—Et je n’ai pas à redouter une plaisanterie dans le goût de celle du baron?
—Évidemment non. Quel intérêt avait M. Trigault à vous prêter cent mille francs? Aucun. Moi, c’est autre chose... Le profit que je dois réaliser vous répond de moi... En affaires, monsieur le marquis, défiez-vous des amis... Ayez recours aux usuriers, plutôt... Interrogez tous les gens en déconfiture, et sur cent, quatre-vingt-quinze vous répondront: «Ce qu’il y a de pis, c’est que j’ai été mis dedans par mon meilleur ami.»