Quelques minutes plus tard, seulement, ils apprirent une partie de la vérité par les domestiques chargés du service des salons, qui descendirent tout effarés, criant que Mme d’Argelès se mourait et qu’il fallait courir chercher un médecin.
Mais déjà M. Wilkie était loin, et d’un pied agile gagnait le boulevard.
Tout autre eût été accablé de douleur et de honte, épouvanté de ce qu’il avait fait, et n’eût su où ni comment cacher son ignominie... Lui, point.
De cette épouvantable crise, une seule circonstance l’occupait, c’est qu’au moment où il levait la main sur Mme Lia d’Argelès, sur sa mère, un gros homme était entré comme une trombe, qui l’avait saisi à la gorge, l’avait de force mis à genoux et l’avait obligé à demander pardon...
Lui, Wilkie, réduit à s’humilier!... Voilà ce qu’il ne pouvait digérer... Il s’en estimait amoindri... C’était, dans son jugement, une de ces insultes qui crient vengeance et demandent du sang.
—Ah! il me la payera, ce gros brutal, répétait-il en grinçant des dents. Ce n’est pas à moi qu’on la fait, celle-là!...
Et s’il courait si vite vers le boulevard, c’est qu’il espérait y rencontrer ses deux intimes, M. Costard et M. le vicomte de Serpillon, les co-propriétaires de Pompier de Nanterre.
C’est qu’il se proposait de remettre à ses «chers bons» le soin de son honneur outragé... Ils seraient ses témoins, et ils iraient de sa part demander une réparation par les armes au manant qui l’avait insulté, après qu’on se serait procuré son adresse, toutefois.
Seule, l’idée d’un bon duel était capable de calmer un peu sa furieuse colère et versait du baume sur les plaies de son noble et intelligent orgueil...
Même, il découvrait là l’occasion d’un gros scandale dont il serait le héros, et dont la chronique s’occuperait deux jours... Quelle source glorieuse de notoriété, à une époque où les journaux deviennent comme des lavoirs publics, où chacun aspire à laver son linge sale au grand soleil de la réclame sous l’œil de milliers de lecteurs...