Ce qui l’inquiétait et le troublait, ce n’était pas l’état où il avait laissé Mme Lia d’Argelès, sa mère, qui peut-être en ce moment même agonisait, frappée aux sources de la vie, et par lui!... Ce n’était pas l’épouvantable sacrifice que, dans l’égarement de son amour maternel, avait fait pour lui cette malheureuse femme!... Ce n’était pas davantage l’origine de l’argent qu’il gaspillait depuis tant d’années!...
Non, M. Wilkie était au-dessus de ces mesquines considérations, bonnes pour des gens vulgaires et arriérés... Il était plus fort que cela, lui, «ah! mais oui!» Il avait plus d’estomac et était «en plein dans le mouvement.»
Si donc il suait à grosses gouttes tout en dressant son bilan, c’est qu’il songeait à cette succession immense qu’il avait cru tenir et qui lui échappait...
C’est qu’il voyait, entre les millions de Chalusse et ses dévorantes convoitises, se dresser, menaçant et cynique, son père, cet homme qu’il ne connaissait pas, et dont Mme d’Argelès ne prononçait le nom qu’en frémissant...
Et ce devait être un redoutable adversaire que cet Américain, cet ancien marin, cet aventurier coureur de tripots, qui depuis plus de vingt ans attendait le prix d’une infâme séduction...
Examinant sa situation actuelle, M. Wilkie était saisi d’épouvante... Qu’allait-il devenir?...
Il était bien certain que Mme d’Argelès, désormais ne lui donnerait plus un centime... Elle ne le pouvait plus, il le reconnaissait, son intelligence allait jusque-là!...
S’il recueillait jamais quelques bribes de l’héritage du comte, ce qui était douteux, ne les lui ferait-on pas attendre longtemps?... C’était probable.
Comment vivrait-il, comment mangerait-il, en attendant?...
Son angoisse était si poignante que les larmes lui en venaient aux yeux, et qu’il déplorait presque sa démarche...