«Si bien qu’à la fin il se rendit, c’est-à-dire qu’il parut se rendre, avec des transports de reconnaissance et d’amour qui devaient achever d’égarer ma raison.
—Eh bien! oui, j’accepte! s’écria-t-il. J’accepte, et devant Dieu qui nous voit, nous entend et nous juge, je jure que tout ce qu’un homme peut faire pour reconnaître le plus étonnant et le plus sublime dévouement, je le ferai.
«Et, se penchant vers moi, il me mit au front un baiser, le premier que j’aie reçu de lui...
«—Mais il faut fuir!... reprit-il vivement... j’ai mon bonheur à défendre, désormais, je ne veux pas qu’on nous atteigne et qu’on nous sépare... Il faut fuir, sans perdre une seconde, à l’instant même gagner mon pays, l’Amérique... Là nous serons libres... Soyez sûre qu’on nous cherche... Qui nous dit que déjà on n’est pas sur nos traces... Votre famille est toute-puissante, je ne suis rien, nous serions écrasés... On vous cacherait au fond de quelque couvent, et moi, on essaierait peut-être de me faire passer pour un voleur, pour un vil assassin.
«Je ne répondis qu’un mot:
«—Partons!...
«Ce qui arriverait, il ne l’avait que trop prévu.
«Une voiture, en effet, attendait à la porte, mais elle ne devait pas me conduire à l’hôtel de Chalusse..., et la preuve, c’est que ses malles et ses bagages y étaient chargés, et que le cocher, ayant reçu d’avance ses instructions, nous conduisit tout droit, et sans qu’on lui dît un mot, à la gare du chemin de fer du Havre.
«Ce n’est que bien des mois après que ces détails, se représentant nettement à mon esprit, m’éclairèrent... Je ne les remarquai pas sur le moment... Étais-je en état de les remarquer? J’étais frappée d’aveuglement... Avec la disposition de moi-même, mon libre arbitre m’échappait.
«Lorsque nous arrivâmes au chemin de fer, un train allait partir... Nous y prîmes place.