«A Paris seulement, il me fit connaître les raisons de cette détermination.

«Il avait appris la mort de mon père et de ma mère, et prétendait me contraindre à réclamer leur succession.

«Lui, à cause de mon frère, n’osait paraître...

«L’heure de ma vengeance sonnait enfin.

«Je m’étais fait ce serment, que jamais le misérable qui m’avait perdue ne jouirait de cette fortune, qui avait été le mobile de sa séduction infâme...

«Je m’étais juré que j’épuiserais l’agonie des plus épouvantables tortures, plutôt que de lui livrer un centime des millions de la maison de Chalusse.

«Et je me suis tenu parole.

«Lorsque je lui déclarai que j’étais décidée à ne pas faire valoir mes droits, il parut confondu. Que l’esclave tant humiliée, osât se révolter, cela passait son entendement... Mais quand il comprit que ma résolution était irrévocable, je crus que la colère l’étoufferait...

«N’être séparé de cette fortune immense, le rêve de sa vie, que par un mot de moi et ne pouvoir m’arracher ce mot, il y avait là, pour lui, de quoi devenir fou de rage.

«Alors commença entre nous une lutte qui devenait plus affreuse à mesure que les ressources qu’il avait apportées diminuaient. Mais c’est en vain qu’il eut recours aux plus mauvais traitements, en vain qu’il me frappa, qu’il me meurtrit, qu’il me traîna par les cheveux sanglante et inanimée... L’idée que j’étais vengée, que son supplice égalait le mien, centuplait mon courage et me rendait comme insensible à la douleur physique.