M. Casimir entrait la bouche en cœur, l’échine en cerceau, ministériellement vêtu de noir, le cou serré dans un carcan de mousseline blanche.

—Mon brave, lui dit M. de Valorsay en lui montrant M. Wilkie, monsieur est l’unique héritier de votre ancien maître... Une preuve de dévouement peut le déterminer à vous garder près de lui... C’est lui qu’intéresse ce que vous m’avez dit; voyez s’il vous convient de le lui répéter...

Très-préoccupé de trouver une bonne place, M. Casimir s’était adresser à M. de Valorsay, il avait beaucoup causé, et le marquis avait eu l’idée d’en faire, sans qu’il l’en doutât, le complice de ses desseins...

—Je ne renie jamais mes paroles, prononça-t-il, et puisque Monsieur est l’héritier, je lui dirai qu’on a détourné des sommes immenses de la succession de défunt M. le comte de Chalusse...

M. Wilkie bondit sur sa chaise.

—Des sommes immenses!... fit-il. Est-ce possible!...

—Dame!... que monsieur soit juge... Le matin de sa mort, M. le comte avait dans son secrétaire plus de deux millions en billets de banque et en valeurs au porteur... Et, quand la justice est venue pour l’inventaire, on n’a plus rien retrouvé... Même, nous autres, les gens de la maison, nous étions dans une colère terrible, craignant d’être inquiétés...

Ah!... si M. Wilkie eût été seul... Mais là, sous l’œil du marquis et de M. de Coralth, pouvait-il ne pas garder un maintien stoïque... Il y réussit presque, et d’une voix qui n’était pas trop altérée:

—Je la trouve mauvaise... fit-il. Deux millions, c’est un joli banco!... Et dites-moi, mon ami, connaît-on le voleur?...

Le regard trouble du valet de chambre trahit l’inquiétude de sa conscience... Mais il s’était trop avancé pour reculer.