—Vous parler tous les jours... Comme cela, je vous dirais mes démarches, et vous me donneriez les renseignements dont j’aurais besoin... Je sais bien que je ne peux pas aller sonner chez M. de Fondège et demander à vous dire deux mots... Mais il y a d’autres moyens... Par exemple, tous les soirs, à cinq heures précises, je passerais rue Pigalle, et, pour vous avertir que je suis là, je donnerais un signal, tenez, comme cela: «pi... ouit!...» Alors, sans faire semblant de rien, vous descendriez dès que vous le pourriez, et je vous débiterais mon petit boniment... sans compter que je vous serais crânement utile pour vos commissions...
Mlle Marguerite réfléchit un moment, puis inclinant la tête:
—Ce que vous me demandez est praticable, prononça-t-elle... A partir de demain, tous les soirs vers cinq heures je serai aux aguets... Si une demi-heure après le signal je n’étais pas descendue, c’est que je serais retenue...
Chupin eût dû être satisfait... Eh bien, non! Il avait une autre requête encore à présenter, et l’instinct, à défaut de l’éducation, lui en disant l’inconvenance, il n’osait...
Même son embarras était si visible, et il tortillait sa casquette si désespérément que la jeune fille, doucement, lui demanda:
—Qu’y a-t-il encore, monsieur?...
Il hésita... puis, prenant son courage à deux mains:
—Voilà!... fit-il. Je ne connais pas M. Férailleur... Est-il grand ou petit, blond, brun, gras, maigre?... Je n’en sais rien. Je me trouverais nez à nez avec lui que je ne pourrais pas dire: «C’est lui!» Ce serait une autre paire de manches si je voyais seulement une photographie de lui...
Mlle Marguerite rougit extrêmement; mais c’est de l’accent le plus simple qu’elle dit:
—Demain, monsieur, je vous remettrai la photographie de M. Férailleur...