Quels dangers ne la menaçaient pas elle-même!... Car si elle connaissait le passé, elle ne pouvait prévoir l’avenir... Que signifiait la lettre de M. Valorsay, et quel sort lui réservait-il, pour chanter ainsi victoire d’avance?...

L’impression fut si terrible, qu’elle hésita un moment à courir chez le vieux juge de paix réclamer sa protection et lui demander un asile...

Mais cet accès d’épouvante dura peu. Perdrait-elle donc son énergie, sa volonté faiblirait-elle au moment décisif?...

—Non, mille fois non! répéta-t-elle. Périr, soit; mais périr en luttant.

Et, en effet, à mesure qu’elle approchait de la rue Pigalle, elle s’efforçait de chasser ses appréhensions sinistres pour ne s’inquiéter plus que du prétexte qu’elle donnerait si on s’était aperçu de sa longue absence.

Préoccupation superflue! De même qu’à son départ, elle trouva la maison livrée aux seuls domestiques, à ces étrangers fournis la veille, au hasard, par le bureau de placement.

C’est que de graves intérêts retenaient dehors le «général» et Mme de Fondège. Le mari avait ses chevaux à montrer, la femme à courir les magasins. Quant à Mme Léon, elle devait être retenue dehors par cette fameuse famille qu’elle s’était si soudainement improvisée...

Seule, libre de tout espionnage, ayant à se défendre du découragement, Mlle Marguerite s’était mise à écrire, quand un valet vint lui annoncer que sa couturière était là, demandant à lui parler...

—Qu’elle entre!... répondit-elle avec une vivacité singulière, faites-la bien vite entrer.

Une femme d’une quarantaine d’années, de l’extérieur le plus simple et le plus distingué, parut.