C’était la bonne chère qui lui déliait ainsi la langue, il n’y avait pas à en douter, et même, en dégustant un verre de ce Château-Laroze que Mme Léon prisait si fort, il lui échappa d’avouer à sa mère que si elle lui eût donné une «pension» pareille, lors de son dernier congé, eh bien, sacré tonnerre! il eût demandé une prolongation...
Le café une fois servi cependant, la causerie, contre l’ordinaire, se refroidit, languit et tomba presque.
Mme de Fondège, la première, sous prétexte de donner quelques ordres, disparut. Le «général» se leva ensuite et sortit, pour aller fumer, déclara-t-il, un cigare. Finalement, Mme Léon à son tour s’esquiva sans rien dire.
Ainsi, Mlle Marguerite restait seule avec le lieutenant Gustave.
Que cette désertion eût été concertée, elle ne pouvait conserver la moindre incertitude à cet égard... Mais quelle idée M. et Mme de Fondège avaient-ils donc de son esprit!... Le procédé la révolta si fort qu’elle fut sur le point de se lever et de se retirer comme les autres... La raison la retint; elle se dit que peut-être ce jeune homme lui fournirait quelques indications précises, et elle resta...
Lui, fort rouge, semblait plus embarrassé qu’elle; toute sa verve était tombée...
Accoudé sur la table, il tenait de la main droite un petit verre à demi-plein d’eau-de-vie, qu’il fixait avec une obstination singulière, comme s’il eût espéré y trouver quelque sublime inspiration.
Enfin, après un gros moment du plus gênant silence:
—Mademoiselle, commença-t-il, aimeriez-vous à être la femme d’un officier?—Il prononçait «off’cier.»
—Je ne sais...