La plus vive surprise se peignit sur le visage du lieutenant.

—Est-ce possible!... murmura-t-il.

—Votre père, lui, continua la jeune fille, s’est trouvé cinq ou six fois à table avec moi chez M. le comte de Chalusse, qui était son ami... Mais que sait-il de moi? Que tout à coup, il n’y a pas un an, je suis arrivée à l’hôtel de Chalusse et que M. le comte me traitait comme sa fille... et voilà tout. Qui je suis, où j’ai été élevée et comment, quel est mon passé, M. de Fondège l’ignore autant que vous...

—Mes parents m’ont dit que vous étiez la fille du comte de Chalusse, mademoiselle...

—Et la preuve?... Ils auraient dû vous dire plutôt que je suis une malheureuse enfant trouvée, sans autre nom que mon nom de Marguerite...

—Oh!...

—Ils auraient dû vous dire aussi que je suis pauvre, très-pauvre, que sans eux j’en serais peut-être réduite à travailler pour gagner mon pain...

Un sourire incrédule glissa sur les lèvres du lieutenant...

L’idée lui vint que peut-être Mlle Marguerite voulait l’éprouver, et cela lui rendit quelque aplomb.

—Peut-être exagérez-vous un peu, mademoiselle, fit-il.