Car c’était ainsi, et bien souvent elle s’était fait un jeu cruel de l’exercice de son pouvoir.
Les jours passés, encore, après la scène affreuse surprise par Pascal, elle était revenue au baron, et elle avait obtenu de la lâcheté de sa passion les trente mille francs dont M. de Coralth avait besoin pour imposer silence à sa femme.
Et cependant, à cette heure, la baronne tremblait.
C’est que la pénétration ne lui manquait pas... Elle comprenait bien tout ce qu’avait d’alarmant la présence de Mlle Marguerite.
Pour que son mari lui amenât cette jeune fille—sa fille—il fallait qu’il sût tout et qu’il eût pris quelque résolution terrible.
Avait-elle donc épuisé une patience qu’elle croyait inépuisable?...
Elle n’ignorait pas que le baron avait placé son immense fortune de façon à pouvoir se dire et paraître ruiné. Si le courage lui était venu de rompre et de demander une séparation, qu’obtiendrait-elle des tribunaux?... Une misérable pension alimentaire, presque rien...
Et alors, comment vivre et de quoi?... Elle entrevoyait pour ses dernières années l’indigence qui avait désolé sa jeunesse: la gêne, la misère hideuse et honteuse... Elle se voyait, chute effroyable, tomber de son hôtel princier à un logement de quatre cents francs par an!
Non moins que Mme Trigault, Mlle Marguerite était atterrée, et elle restait comme clouée au sol, à la place même où le baron l’avait poussée...
Immobiles et muettes, elles demeurèrent ainsi en présence pendant un moment, qui leur parut un siècle...