Violemment la baronne se rejeta en arrière, comme si elle eût vu un abîme s’ouvrir sous ses pieds.
—Mes lettres!... s’écria-t-elle. Ah! misérable que je suis, il les avait gardées!... C’est fini, je suis perdue, car on les a lues, n’est-ce pas?...
—On n’a même pas dénoué le ruban qui les attachait.
—Est-ce possible!... Ne me trompez-vous pas? Où sont-elles alors, où sont-elles?
—Sous les scellés.
Mme Trigault chancela.
—Alors, ce n’est qu’un sursis, balbutia-t-elle, et je n’en suis pas moins condamnée. On les lira, ces lettres maudites, lors de l’inventaire, nécessairement, fatalement; et on verra...
L’idée de ce qu’on verrait lui rendit l’énergie du désespoir, et saisissant les poignets de Mlle Marguerite:
—Écoute, lui dit-elle, en s’approchant si près que son souffle, comme une flamme, brûlait le visage de la jeune fille, il ne faut pas que personne voie ces lettres, c’est impossible, je ne le veux pas... Ce qu’elles contiennent, je vais te le dire... J’exécrais mon mari, j’aimais le comte de Chalusse d’une passion folle, et il m’avait juré qu’il m’épouserait si je devenais veuve... Comprends-tu, maintenant?... Le nom du poison, qui me l’avait fourni? Comment je me proposais de l’administrer et quels seraient ses effets? Tout cela est écrit en toutes lettres de mon écriture, et signé, oui signé de mon nom: «femme Trigault...» Le crime a échoué, mais il n’en est pas moins réel, positif, patent, et ces lettres sont une preuve... Mais on ne les lira pas, non, quand il me faudrait pour les anéantir, mettre le feu, de ma main, à l’hôtel de Chalusse...
Désormais s’expliquaient les terreurs du comte, et l’effroi que lui inspirait cette femme...