La jeune fille haussa les épaules.
—Pour ce qui est du vol, fit-elle, nous avons une réponse... Quant à l’empoisonnement... en vérité l’accusation est trop stupide!...
Mais Pascal restait sombre.
—Pas si stupide... fit-il. Un médecin s’est rencontré, un indigne, un lâche et vil gredin, qui pour de l’argent consent à appuyer la dénonciation...
—Le docteur Jodon, n’est-ce, pas?...
—Oui... Et ce n’est pas tout. Sous les scellés, dans le secrétaire du comte, est le flacon dont il a bu deux gorgées le jour de sa mort... Eh bien!... dans la nuit de demain, Mme Léon doit ouvrir la porte du jardin de l’hôtel de Chalusse à un immonde scélérat qui, sans que les scellés en gardent trace, se charge de faire disparaître le flacon...
La jeune fille frissonna; elle comprenait l’infernale combinaison.
—Je pouvais être perdue!... murmura-t-elle.
Affirmativement, Pascal hocha la tête.
—M. de Valorsay voulait que vous vous vissiez perdue, prononça-t-il, avant de vous proposer de l’épouser s’il vous sauvait... Je dois dire que M. Wilkie ignore quels atroces projets il sert... Il n’y a dans le secret entier du marquis que M. de Coralth, et c’est moi qui, sous le nom de Mauméjan, suis leur conseiller... C’est donc à moi que, sur l’avis de M. de Valorsay, M. Wilkie est venu demander un projet de dénonciation... Je le lui ai rédigé, Marguerite, tel que le souhaitait notre ennemi, terrible, accablant en apparence, groupant avec un art perfide les rapports des valets et les soupçons du médecin, établissant la connexité du meurtre et du vol, demandant une enquête... Et ce projet de dénonciation, M. Wilkie l’a recopié de sa main, signé, mis sous enveloppe... et il a dû le porter lui-même au parquet...