—Oh! cela, répondit-elle en poussant un profond soupir, c'est mon secret. Un secret que ma grand-mère elle-même ne connaît pas.
M. Daburon la regardait. Il crut voir une larme entre ses longs cils.
—Un jour peut-être, reprit-elle, je me confierai à vous... Il le faudra peut-être.
Le juge était aveugle et sourd.
—Moi aussi, répondit-il, j'ai un secret; moi aussi je veux m'en remettre à votre cœur.
En se retirant après minuit, il se disait: demain je lui avouerai tout. Il y avait un peu plus de cinquante-cinq jours qu'il se répétait intrépidement: demain.
C'était un soir du mois d'août; la chaleur, toute la journée, avait été accablante; vers la nuit, la brise s'était levée, les feuilles bruissaient; il y avait dans l'air des frémissements d'orage.
Ils étaient assis tous deux au fond du jardin, sous le berceau garni de plantes exotiques, et à travers les branches, ils apercevaient le peignoir flottant de la marquise qui se promenait après son souper.
Ils étaient restés longtemps sans se parler, émus de l'émotion de la nature, oppressés par les parfums pénétrants des fleurs de la pelouse. M. Daburon osa prendre la main de la jeune fille.
C'était la première fois, et cette peau si fine et si douce lui donna une commotion terrible qui lui fit affluer tout son sang au cerveau.