—La compensation est mince, fit-il. Est-ce à moi que vous pensez faire accroire cela? Non, monsieur, on ne commet pas de si belles actions pour son plaisir. Vous devez avoir, pour agir si magnifiquement, quelque raison qui m'échappe.

—Aucune autre que celles que je vous ai dites.

—Ainsi, c'est entendu, vous renoncez à tout. Vous abandonnez même vos projets d'union avec mademoiselle Claire d'Arlange. Vous oubliez ce mariage auquel pendant deux ans je vous ai vainement conjuré de renoncer.

—Non, monsieur. J'ai vu mademoiselle Claire, je lui ai expliqué ma situation cruelle: quoi qu'il arrive, elle sera ma femme, elle me l'a juré.

—Et vous pensez que madame d'Arlange donnera sa petite-fille au sieur Gerdy?

—Nous l'espérons, monsieur. La marquise est assez entichée de noblesse pour préférer le bâtard d'un gentilhomme au fils de quelque honorable industriel. Si cependant elle refusait, eh bien! nous attendrions sa mort sans la désirer.

Le ton toujours calme d'Albert transportait le comte de Commarin.

—Et ce serait là mon fils! s'écria-t-il; jamais! Quel sang, monsieur, avez-vous donc dans les veines? Seule, votre digne mère pourrait le dire, si elle le sait elle-même toutefois...

—Monsieur, interrompit Albert d'un ton menaçant, monsieur, mesurez vos paroles! Elle est ma mère, et cela suffit. Je suis son fils, et non son juge. Personne, devant moi, ne lui manquera de respect, je ne le permettrai pas, monsieur. Je le souffrirai moins de vous que de tout autre!

Le comte faisait vraiment des efforts héroïques pour ne pas se laisser emporter par sa colère hors de certaines limites. L'attitude d'Albert le jeta hors de lui. Quoi! il se révoltait, il osait le braver en face, il le menaçait! Le vieillard s'élança de son fauteuil et marcha sur son fils comme pour le frapper.