—Oh! monsieur! s'écria Noël, protestant de toute son énergie, cette insinuation est formidable!...

Le juge interrogea sévèrement la physionomie de l'avocat. Parlait-il franchement, jouait-il une généreuse comédie? Est-ce que réellement il n'avait jamais eu de soupçons? Noël ne broncha pas et presque aussitôt reprit:

—Quelles raisons pouvait avoir ce jeune homme de trembler, de craindre pour sa position! Je ne lui ai pas adressé un mot de menace, même indirect. Je ne me suis pas présenté comme un dépossédé furibond qui veut qu'on lui restitue là, sur-le-champ, tout ce qu'on lui a pris. J'ai exposé les faits à Albert en lui disant: «Voilà: que pensez-vous? que décidons-nous? Soyez juge.»

—Et il vous a demandé du temps?

—Oui. Je lui ai pour ainsi dire proposé de m'accompagner chez la mère Lerouge, dont le témoignage pouvait lever tous ses doutes; il n'a pas semblé me comprendre. Cependant il la connaissait bien, étant allé chez elle avec le comte qui lui donnait, je l'ai su depuis, beaucoup d'argent.

—Cette générosité ne vous a pas paru singulière?

—Non.

—Vous expliquez-vous pourquoi le vicomte n'a pas paru disposé à vous suivre?

—Certainement. Il venait de me dire qu'il voulait avant tout avoir une explication avec son père, absent pour le moment, mais qui devait revenir sous peu de jours.

La vérité, tout le monde le sait et se plaît à le proclamer, a un accent auquel personne ne se trompe. M. Daburon n'avait plus le moindre doute sur la bonne foi de son témoin. Noël continuait avec une candeur ingénue, celle d'un cœur honnête que les soupçons n'ont jamais effleuré de leur aile de chauve-souris: