Et timidement il demanda:
—Et sait-il?
—Rien, répondit M. Daburon. Je n'ai pas eu besoin de vous faire intervenir. Ne vous ai-je pas d'ailleurs promis une discrétion absolue?
—Tout va bien! s'écria le père Tabaret. Et que pense monsieur le juge de Noël?
—C'est, j'en suis sûr, un noble et digne cœur, dit le magistrat: une nature à la fois forte et tendre. Les sentiments que je lui ai entendu exprimer ici et qu'il est impossible de révoquer en doute manifestent une élévation d'âme malheureusement exceptionnelle. Rarement dans ma vie, j'ai rencontré un homme dont l'abord m'ait été aussi sympathique. Je comprends qu'on soit fier d'être son ami.
—Quand je le disais à monsieur le juge! voilà l'effet qu'il a produit à tout le monde. Moi je l'aime comme mon enfant, et quoi qu'il arrive, il aura toute ma fortune. Oui, je lui laisserai tout après moi, comme il est dit sur mon testament déposé chez maître Baron, mon notaire. Il y a aussi un paragraphe pour madame Gerdy, mais je vais le biffer, et vivement!
—Madame Gerdy, monsieur Tabaret, n'aura bientôt plus besoin de rien.
—Elle! comment cela? Est-ce que le comte?...
—Elle est mourante et ne passera sans doute pas la journée, c'est monsieur Gerdy qui me l'a dit.
—Ah! mon Dieu! s'écria le bonhomme, que m'apprenez-vous là! mourante!... Noël va être au désespoir... c'est-à-dire non, puisque ce n'est plus sa mère, que lui importe! Mourante! Je l'estimais beaucoup avant de la mépriser. Pauvre humanité! Il paraît que tous les coupables vont y passer le même jour, car, j'oubliais de vous en informer, au moment où je quittais l'hôtel de Commarin, j'ai entendu un domestique annoncer à un autre que le comte, à la nouvelle de l'arrestation de son fils, avait été frappé d'une attaque.