Le juge enlevait lentement et une à une les grandes feuilles de papier qui recouvraient les pièces à conviction saisies chez Albert.
—Nous allons passer, reprit-il, à l'examen des charges qui pèsent sur vous; veuillez vous approcher. Reconnaissez-vous ces objets pour vous appartenir?
—Oui, monsieur, tout ceci est à moi.
—Bien. Prenons d'abord ce fleuret. Qui l'a brisé?
—Moi, monsieur, en faisant assaut avec monsieur de Courtivois, qui pourra en témoigner.
—Il sera entendu. Et qu'est devenu le bout cassé?
—Je ne sais. Il faudrait sur ce point interroger Lubin, mon valet de chambre.
—Précisément. Il a déclaré avoir cherché ce morceau sans parvenir à le retrouver. Je vous ferai remarquer que la victime a dû être frappée avec un bout de fleuret démoucheté et aiguisé. Ce morceau d'étoffe sur lequel l'assassin a essuyé son arme en est une preuve.
—Je vous prierais, monsieur, d'ordonner, à cet égard, les recherches les plus minutieuses. Il est impossible qu'on ne retrouve pas l'autre moitié de ce fleuret.
—Des ordres seront donnés. Voici, maintenant, calquée sur ce papier, l'empreinte exacte des pas du meurtrier. J'applique dessus une de vos bottines, et la semelle, vous pouvez le voir, s'y adapte avec la dernière précision. Le morceau de plâtre a été coulé dans le creux du talon, vous remarquerez qu'il est en tout pareil à vos propres talons. J'y aperçois même la trace d'une cheville que je rencontre ici.