Après qu'au sortir du cabinet du juge d'instruction Noël Gerdy eut installé le comte de Commarin dans sa voiture, qui stationnait sur le boulevard en face de la grille du Palais, il parut disposé à s'éloigner.
Appuyé d'une main contre la portière qu'il maintenait entrouverte, il s'inclina profondément en demandant:
—Quand aurai-je, monsieur, l'honneur d'être admis à vous présenter mes respects?
—Montez, dit le vieillard.
L'avocat, sans se redresser, balbutia quelques excuses. Il invoquait, pour se retirer, des motifs graves. Il était urgent, affirmait-il, qu'il rentrât chez lui.
—Montez! répéta le comte d'un ton qui n'admettait pas de réplique.
Noël obéit.
—Vous retrouvez votre père, fit à demi-voix M. de Commarin, mais je dois vous prévenir que du même coup vous perdez votre liberté.
La voiture partit, et alors seulement le comte remarqua que Noël avait modestement pris place sur la banquette de devant. Cette humilité parut lui déplaire beaucoup.
—À mes côtés, donc, dit-il; êtes-vous fou, monsieur? N'êtes-vous pas mon fils! L'avocat, sans répondre, s'assit près du terrible vieillard, se faisant aussi petit que possible.