—Non. À la fin du spectacle, vers minuit, monsieur a daigné reparaître. Nous devions aller au bal de l'Opéra et de là souper. Ah! ce fut amusant! Au bal, monsieur n'a osé ni relever son capuchon, ni retirer son masque. Au souper, j'ai dû, à cause de ses amis, le traiter comme un étranger.
L'alibi préparé en cas de malheur apparaissait.
Moins emportée, Juliette aurait remarqué l'état du père Tabaret et certainement se serait tue.
Il était devenu livide et tremblait comme une feuille.
—Bast! reprit-il en faisant un effort surhumain pour articuler ses mots, le souper n'en a pas été moins gai.
—Gai! répéta la jeune femme en haussant les épaules, vous ne connaissez guère votre ami. Si vous l'invitez jamais à dîner, gardez-vous bien de le laisser boire. Il a le vin réjouissant comme un convoi de dernière classe. À la seconde bouteille, il était plus gris qu'un bouchon, si gris qu'il a perdu toutes ses affaires: paletot, parapluie, porte-monnaie, étui à cigares...
Le père Tabaret n'eut pas la force d'en écouter davantage: il se dressa sur ses pieds avec des gestes de fou furieux.
—Misérable! s'écria-t-il, infâme scélérat... C'est lui, mais je le tiens!
Et il s'enfuit, laissant Juliette si épouvantée qu'elle appela sa bonne.
—Ma fille, lui dit-elle, je viens de faire quelque affreuse boulette, de casser quelque carreau. Pour sûr, j'ai causé un malheur, je le devine, je le sens. Ce vieux drôle n'est pas un ami de Noël, il est venu pour m'entortiller, pour me tirer les vers du nez, et il a réussi... Sans m'en douter j'aurai parlé contre Noël. Qu'ai-je pu dire? J'ai beau chercher, je ne le vois pas; mais c'est égal, il faut le prévenir. Je vais lui écrire un mot; toi, cours chercher un commissionnaire.