—Vous, malheureux! s'écria le père Tabaret, singulièrement touché de cette douleur de son cher Noël; au nom du Ciel! que vous arrive-t-il?

—Je souffre, murmura l'avocat, et bien cruellement. Non seulement l'injustice ne sera jamais réparée, je le crains, mais encore me voici livré sans défense aux coups de la calomnie. On pourra dire de moi que j'ai été un artisan de fourberies, un intrigant ambitieux, sans pudeur et sans foi.

Le père Tabaret ne savait que penser. Entre l'honneur de Noël et le crime de La Jonchère, il ne voyait nul trait d'union possible. Mille idées troubles et confuses se heurtaient dans son cerveau.

—Voyons, mon enfant, dit-il, remettez-vous. Est-ce que la calomnie prendrait jamais sur vous! Du courage, tonnerre! n'avez-vous pas des amis? Ne suis-je pas là? Ayez confiance, confiez-moi le sujet de votre chagrin, et c'est bien le diable si, à nous deux...

L'avocat se leva brusquement, enflammé d'une résolution soudaine.

—Eh bien! oui, interrompit-il, oui, vous saurez tout. Au fait, je suis las de porter seul un secret qui m'étouffe. Le rôle que je me suis imposé m'excède et m'indigne. J'ai besoin d'un ami qui me console. Il me faut un conseiller dont la voix m'encourage, car on est mauvais juge dans sa propre cause, et ce crime me plonge dans un abîme d'hésitations.

—Vous savez, répondit simplement le père Tabaret, que je suis tout à vous comme si vous étiez mon propre fils. Disposez de moi sans scrupule.

—Sachez donc, commença l'avocat... Mais non! pas ici. Je ne veux pas qu'on puisse écouter; passons dans mon cabinet.

IV

Lorsque Noël et le père Tabaret furent assis en face l'un de l'autre dans la pièce où travaillait l'avocat, une fois la porte soigneusement fermée, le bonhomme eut une inquiétude.