—Vous croyez rire? s'écria-t-il; eh bien! apprenez-le, Juliette, je suis ruiné et j'ai épuisé mes dernières ressources. J'en suis aux expédients!...
L'œil de la jeune femme brilla; elle regarda tendrement son amant.
—Oh! si c'était vrai, mon gros chat! dit-elle; si je pouvais te croire!
L'avocat reçut ce regard en plein dans le cœur. Il fut navré. Elle me croit, pensa-t-il, et elle est ravie. Elle me déteste.
Il se trompait. L'idée qu'un homme l'avait assez aimée pour se ruiner froidement avec elle, sans jamais laisser échapper un reproche, transportait cette fille. Elle se sentait près d'aimer, déchu et sans le sou, celui qu'elle détestait riche et fier. Mais l'expression de ses yeux changea bien vite.
—Bête que je suis! s'écria-t-elle, j'allais pourtant donner là-dedans et m'attendrir! Avec cela que vous êtes bien un monsieur à lâcher votre monnaie à doigts écartés! À d'autres, mon cher! Tous les hommes aujourd'hui comptent comme des prêteurs sur gages. Il n'y a plus à se ruiner que de rares imbéciles, quelques moutards vaniteux, et de temps à autre un vieillard passionné. Or, vous êtes un gaillard très froid, très grave, très sérieux et surtout très fort.
—Pas avec vous, toujours, murmura Noël.
—Bast! laissez-moi donc tranquille, vous savez bien ce que vous faites. En guise de cœur vous avez un gros double zéro comme à Hombourg. Quand vous m'avez prise, vous vous êtes dit: je vais me payer de la passion pour tant. Et vous vous êtes tenu parole. C'est un placement comme un autre, dont on reçoit les intérêts en agrément. Vous êtes capable de toutes les folies du monde à raison de quatre mille francs par mois, prix fixe. S'il fallait vingt sous de plus, vous reprendriez bien vite votre cœur et votre chapeau pour les porter ailleurs, à côté, à la concurrence.
—C'est vrai, répondit froidement l'avocat, je sais compter, et cela m'est prodigieusement utile! Cela me sert à savoir au juste où et comment a passé ma fortune.
—Vous le savez, vraiment? ricana Juliette.