Presque aussitôt, la porte du salon s'ouvrit, et la servante qui avait été stylée à l'avance, annonça:
—Monsieur Costeclar.
Se penchant à l'oreille de Mme Favoral assise près d'elle sur un canapé:
—Ah! il est très-bien, ce jeune homme, murmura Mme Desclavettes, il est vraiment fort bien.
Positivement, il croyait l'être. Geste, attitude, sourire, tout en M. Costeclar trahissait la parfaite satisfaction de soi et l'assurance de l'homme blasé par le succès.
Sa tête, fort petite, n'avait plus guère de cheveux, mais ils étaient artistement ramenés vers les tempes, séparés par le milieu et coupés courts autour du front. Son teint plombé, sa lèvre blême et son oeil morne n'annonçaient pas précisément une richesse exagérée du sang, mais il avait un grand diable de nez tranchant et recourbé comme une serpe, et sa barbe, de couleur indécise, taillée à la Victor-Emmanuel, faisait le plus grand honneur au perruquier qui la cultivait.
Même quand on le voyait pour la première fois, on s'imaginait le reconnaître, tant il ressemblait à trois ou quatre cents de ses pareils qui se croisent chaque jour dans les parages du café Riche, et qu'on rencontre partout où court la foule qui a la prétention de s'amuser, à la Bourse ou au bois, aux premières représentations, juste assez cachés pour être bien vus au fond des avant-scènes garnies de demoiselles à chignons surprenants; aux courses, dans les voitures où l'on boit du vin de Champagne à la santé du vainqueur.
Il avait, pour la circonstance, arboré avec son plus grand air le costume de rigueur: l'habit noir à larges manches, la chemise décolletée et le gilet en cœur retenu vers le nombril par un unique bouton.
—Tout à fait un homme du monde! dit encore Mme Desclavettes.
M. Favoral s'était précipité à sa rencontre, mais il lui épargna, en se hâtant, la moitié du chemin, et lui prenant les deux mains: