Et, d'un geste frénétique, il lança le verre qu'il tenait à la main contre le mur où il se brisa en mille pièces.

Plus tremblante que la feuille, Mme Favoral chancelait sur sa chaise.

—Mieux vaudrait la tuer d'un coup, dit froidement Mlle Gilberte, elle souffrirait moins.

C'est par un torrent d'invectives que répondit M. Favoral. Sa rage, comprimée depuis quatre jours, trouvant enfin une issue, s'épanchait en injures grossières et en menaces insensées. Il parlait de jeter dehors, sur le pavé, sa femme et ses enfants, ou de les prendre par la famine, ou d'enfermer sa fille dans une maison de correction. Jusqu'à ce qu'enfin, les expressions manquant à sa furie, hors de lui, il s'élança dehors, en jurant que ce serait lui qui amènerait M. Costeclar et qu'alors on verrait...

—Eh bien! soit, nous verrons, dit Mlle Gilberte.

Immobile à sa place et blanc comme une statue de plâtre, Maxence avait assisté à cette scène lamentable. Une lueur de bon sens l'éclairant, il avait imposé silence à son indignation. Il avait compris qu'au premier mot qu'il prononcerait, toute la fureur de son père se tournerait contre lui. Et alors, qu'arriverait-il? Les plus effroyables drames qu'ait vu se dénouer la cour d'assises souvent, n'ont pas eu d'autre origine.

—Non, ce n'est plus tenable! prononça-t-il.

Même au temps de ses plus grandes folies, Maxence avait toujours eu pour sa sœur une fraternelle affection. Il l'admirait depuis le jour où elle s'était dressée devant lui pour lui reprocher ses désordres. Il lui enviait son calme inaltérable, sa patiente ténacité et cette énergie tranquille qui ne se démentait jamais.

—Patiente, ma pauvre Gilberte, lui dit-il; le jour, je l'espère, n'est pas éloigné où il me sera donné de commencer à m'acquitter de tout ce que tu as fait pour moi. Je n'ai pas perdu mon temps, depuis que tu m'as rendu la raison. J'ai pris un arrangement avec mes créanciers. On m'a trouvé une position qui n'est pas brillante, mais qui est assez avantageuse pour que je puisse, avant peu, t'offrir, ainsi qu'à notre mère, une retraite paisible.

—Mais c'est demain, interrompit Mme Favoral, c'est demain, Maxence, que ton père ramènera M. Costeclar. Il l'a dit, il le fera...