Maxence, lui, apparaissait rarement rue Saint-Gilles.
Engagé dans un bataillon de francs-tireurs, il faisait le coup de fusil aux avant-postes.
Et quant à Mme Favoral et à Mlle Gilberte, leurs journées se passaient à se procurer de quoi vivre. Levées avant le jour, par la pluie ou par la neige, elles s'en allaient faire la queue à la porte de la boucherie, où après des heures d'attente, elles recevaient un mince morceau de viande de cheval.
Seules, le soir, au coin de l'âtre où fumaient quelques branches de bois vert, elles sursautaient à chacune des détonations lointaines du canon.
A chaque coup qui faisait grelotter les vitres, Mme Favoral se disait que c'était peut-être celui-là qui tuait son fils.
Mlle Gilberte, elle, songeait à Marius de Trégars.
Les jours maudits de novembre et de décembre étaient arrivés. On ne parlait que de batailles sanglantes autour d'Orléans...
Elle se représentait Marius, mortellement blessé, agonisant sur la neige, seul, sans secours, sans un ami pour recueillir sa volonté suprême et son dernier soupir.
Un soir, la vision fut si nette et l'impression si vive, qu'elle se dressa toute pâle en poussant un grand cri.
—Qu'est-ce? interrogea Mme Favoral épouvantée. Qu'as-tu?...