Mais, dès la fin de la semaine suivante, le calme commençait à renaître, et Mlle Gilberte apprenait le retour de Marius.
XX
—Enfin, il a été donné à mes yeux de le contempler, et à mes bras de le serrer contre ma poitrine.
C'est en ces termes, tout vibrant d'enthousiasme et de son plus terrible accent, que le vieux maître italien annonça à Mlle Gilberte qu'il venait de revoir ce fameux élève dont il attendait la fortune et la gloire.
—Mais combien il est faible encore, ajoutait-il, et souffrant de ses blessures! J'hésitais presque à le reconnaître, tant il est pâle et amaigri.
La jeune fille ne l'écoutait plus. Un flot de vie inondait son cœur. Ce moment effaçait toutes les douleurs et toutes les angoisses.
—Et moi aussi, pensait-elle, je le reverrai aujourd'hui!
Et, avec cet infaillible instinct de la femme qui aime, elle calculait le moment où Marius de Trégars paraîtrait rue Saint-Gilles. Ce serait à la tombée de la nuit, probablement, comme l'autre fois, lors de son départ, c'est-à-dire vers les huit heures, puisqu'on était aux jours les plus longs de l'année.
Or, ce jour-là, précisément, et à cette heure, Mlle Gilberte devait se trouver seule à la maison. Il avait été convenu que sa mère, après le dîner, irait rendre visite à Mme Desclavettes, qui était au lit, à demi morte de la peur qu'elle avait eue pendant les dernières convulsions de la Commune.
Donc, elle serait libre, elle n'aurait pas à inventer un mensonge pour descendre quelques minutes.