Du geste, Mme Favoral l'arrêta.
—Une jeune fille qui se cache de sa mère fait toujours mal, prononça-t-elle. Il y a longtemps que pour la première fois j'ai eu le pressentiment que tu te cachais de moi. Mais quand je t'ai interrogée, tu as réussi à endormir mes doutes. Tu as abusé de ma confiance et de ma faiblesse.
Ce reproche était le plus cruel qu'on pût adresser à Mlle Gilberte. Un flot de sang empourpra ses joues, et d'une voix ferme:
—Eh bien, oui, fit-elle, j'ai un secret!
—Mon Dieu!
—Et si je ne te l'ai pas confié, c'est que c'est aussi le secret d'un autre. Oui, je l'avoue, j'ai été d'une imprudence sans nom, j'ai franchi toutes les bornes des convenances et des conventions sociales, je me suis exposée aux pires calomnies... Mais, je le jure, je n'ai rien fait que ma conscience me reproche, rien dont j'aie à rougir, rien que je regrette, rien que je ne sois prête à faire encore demain!
—Gilberte!
—Je me suis tue, c'est vrai; mais c'était mon devoir. Seule je devais garder la responsabilité de mes actes. Ayant seule librement engagé mon avenir, je voulais être seule à supporter le fardeau de mes anxiétés. Je me serais éternellement reproché d'ajouter ce souci encore à tes autres chagrins...
Mme Favoral était consternée. De grosses larmes lentement roulaient le long de ses joues flétries.
—Ne vois-tu donc pas, balbutia-t-elle, que toutes mes souffrances passées n'étaient rien, près de ce que j'endure aujourd'hui? Mon Dieu! par quelle faute que j'ignore ai-je mérité tant d'épreuves! Pas une des douleurs d'ici-bas ne doit-elle donc m'être épargnée! Et c'est par ma fille que je suis frappée le plus rudement!...