M. Favoral n'avait pas assisté à cette scène. Les comptes de fin d'année le retenaient si impérieusement à sa caisse, qu'il fut quarante-huit heures sans rentrer. Un voyage qu'il fut obligé de faire pour M. de Thaller lui prit le reste de la semaine.

Mais, à son retour, il semblait satisfait et tranquille.

Sans abandonner sa situation au Crédit mutuel, il allait, racontait-il, s'associer à MM. Jottras, à M. Saint-Pavin, du Pilote financier, et à M. Costeclar, pour exploiter la concession d'un chemin de fer étranger.

M. Costeclar était la tête de cette entreprise, dont les énormes bénéfices étaient si assurés et si clairs, qu'on pouvait les chiffrer d'avance.

Et à ce sujet:

—Va, tu as eu bien tort, disait-il à Mlle Gilberte, de ne pas te dépêcher d'épouser Costeclar quand il voulait de toi. Jamais tu ne retrouveras un parti qui le vaille. Un homme qui avant dix ans sera une puissance financière!...

Le nom seul de Costeclar avait le don d'irriter la jeune fille.

—Je vous croyais brouillés, dit-elle à son père.

Il dissimula mal un certain embarras.

—Nous l'avons été, en effet, répondit-il, parce qu'il n'a jamais voulu me dire pourquoi il se retirait, mais on se raccommode toujours quand on a des intérêts communs.